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10 apprenants et personnels de L'Agoractive participeront à la mobilité apprenante ERASMUS+ sur le thème de la gestion du bien commun. Durant la première heure, nous avons parcouru le programme et proposé trois améliorations :

  • organiser des temps quotidiens, courts et agiles, de rétrospective collective ;
  • introduire une visite apprenante d'un lieu auto-géré par les citoyens ;
  • demander à tous les participants leur permis de conduire afin de partager les temps de conduite.

A la suite de cet échange, Roberto della Torre, réalisateur du documentaire "Dimension horizontale" a introduit la projection.

Dimension horizontale

De Roberto Della Torre

Dimension Horizontale est un documentaire de 52 minutes écrit et réalisé par Roberto Della Torre sur le thème des Biens Communs.

Ce documentaire franco-italien s’intéresse à trois Biens Communs : l’eau, la culture et les espaces urbains.

Le point de départ de ce film est le référendum de juin 2011 où 95% des italiens se sont exprimés pour une gestion publique de l’eau. Pourtant les gouvernements successifs de ces six dernières années ont bafoué ce référendum et les multinationales prospèrent avec l’appui de l’État à quelques exceptions près : Naples, Torino.

Le retour de ce bien commun dans le giron public s’observe également en France où paradoxalement il n’y a pas de grand débat citoyen.

Un groupe travail sur un texte de loi italien dit « subsidiarité́ horizontal » portant sur la démocratie participative, propose une charte aux élus pour structurer l’intervention directe de la société civile dans la gestion urbaine.

Echanges & débat

Séance

Samedi 02 février 2024 à 11h       Pont de l'errance - Foix

Projection

Si vous souhaitez diffuser le film, veuillez contacter Roberto della Torre : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

    Les échanges avec Roberto ont permis de mettre en avant l'originalité et l'importance de la dynamique italienne des communs qui repose sur un double mouvement :

    • une culture de la participation citoyenne spontanée et auto-gérée très ancrée face à la faiblesse historique de l'Etat (dynamique que l'on retrouve en Espagne) ;
    • une implication forte des communautés de chercheurs et de juristes qui offrent un cadre constitutionnel et légal aux démarches citoyennes engagées sur le terrain.

    Il s'agit donc d'une réelle démarche citoyenne qui vient bousculer le cadre juridique, et qui parvient, grâce au soutien des jusristes et des fonctionnaires à faire bouger les cadres légaux. Cette force constitutionnelle qui reconnaît la participation citoyenne, est unique en Europe.

    Les communs sont toujours en évolution car ils émergent des besoins concrets des habitants et sont spécifiques à chaque territoire. Il n'y a donc pas de modèle unique qui puisse être répliqué. La forme de gestion des communs diffère également du type de commun. La gouvernance ne sera pas la même pour gérer l'eau, la culture ou la santé par exemple. Le film explore bien ces différentes dimensions.

    Mais il y'a des bases, notamment une fondamentale qui repose sur le reconnaissance des droits d'usages.

    Il y'a commun s'il y'a rencontre entre deux mondes: celui du bien & de sa communauté d'usage (eau, terre, bâtiment...) et celui du droit (chercheurs, juristes) qui va venir légitimer cette démarche citoyenne.

    Dans les pactes de collaboration, la démarche est différente. Il s'agit d'une initiative qui émane du droit vers les habitants. On peut alors craindre une exploitation du bénévolat pour alléger les responsabilités de l'Etat et ainsi encourager son retrait sur plusieurs domaines.

    La forme coopérative apparaît comme la forme la plus appropriée de gestion des communs. En France il pourrait s'agir des SCOP (ou des SCIC). Tout dépend de l'échelle, du bien, de la taille de la communauté... Mais qu'en est-il vraiment ?

    On remarque que les squats existent car il y'a beaucoup de laisser-faire de la part des communes, comme à Naples par exemple, où les friches occupées permettent finalement de lutter contre l'expropriation foncière.

    Aller plus loin

    Il serait intéressant d'aller plus loin sur:

    • la notion de droits d'usages ;
    • la forme coopérative comme modèle de gestion des communs ;
    • les expériences menées à Naples qui apparaissent comme les plus abouties.

    En avril 2012, une délibération municipale institue le « Laboratoire de Naples pour une Constituante des biens communs » qui a pour mission de faire l’inventaire des biens abandonnés qui appartiennent à la commune pour permettre ensuite aux citoyen.ne.s qui le souhaitent de développer des projets collectifs d’utilité sociale. Un mois après, l’Asilo est reconnu comme bien commun par la délibération municipale n°400 du 25 mai 2012 qui concède à sa communauté informelle de « travailleur.euse.s de l’immatériel » l’usage gratuit du bâtiment et la prise en charge de l’eau et de l’électricité. La municipalité et la communauté n'ayant pas pu se mettre d'accord sur les règles d'utilisation de l'espace, il faudra attendre trois ans pour que la première déclaration d’usage civique urbain et collectif soit officiellement reconnue fin 2015. 

    La déclaration d’usage civique urbain et collectif complète est disponible sur le site de l’Asilo. Avec elle, c’est donc l’autogouvernance de la communauté, par nature informelle, qui est reconnue.

    A l’Asilo, toutes les personnes qui le souhaitent, peuvent investir les lieux, dans le respect de la déclaration et sur validation de l’assemblée.

    Cette assemblée se réunit tous les lundis pour prendre les décisions de façon horizontale sur la base du consensus. Elle peut discuter de la gestion ordinaire des activités ou de l’orientation politique. Des tables thématiques se réunissent également régulièrement pour élaborer des propositions qui seront soumises ensuite au vote de l’assemblée. 

    (...)

    Ce sont aujourd’hui treize « espaces libérés » qui constituent le réseau des beni comuni de Naples. Dix ont été reconnus comme biens communs par la mairie mais seulement sept avec leur déclaration d’usage civique urbain collectif. 

    Bien que la déclaration d’usage civique urbain collectif soit un acquis juridique important pour les beni comuni de Naples, l’arrivée du nouveau maire Gaetano Manfredi, et de son administration en 2021, a constitué un nouvel enjeu (en Italie, l’administration municipale change à chaque élection). Issu du parti néolibéral de centre gauche, le Partido Democratico (PD), Gaetano Manfredi est notamment favorable à la privatisation de biens publics. La nouvelle municipalité perçoit l’absence de structure formelle et de modèle économique « rentable » comme de l’immaturité et non pas comme un choix politique assumé.

    A la rentabilité économique, les beni comuni opposent une « rentabilité civique ». Basée sur une économie du don et sur l’absence de barrières économiques pour garantir l’inclusion de tous et toutes, cette profitabilité civique constitue un « revenu indirect » pour les usager.ère.s des beni comuni. Pour les artistes de l’Asilo par exemple, le partage d’espaces et la mutualisation de moyens de production leur permettent de créer à moindre coût, de nouer des liens professionnels et de se faire connaître. Pour la communauté de l’Asilo et pour les habitant.e.s du quartier, cela donne un accès gratuit à la culture, crée du lien social et permet de lutter contre la criminalité, particulièrement celle des plus jeunes entre 8 et 14 ans. 

    (...)

    En répondant à des besoins de la population napolitaine qui ne sont pas pris en charge par les institutions, les biens communs ont gagné une importante légitimité politique. Si la légalisation des communautés des beni comuni leur assure une certaine stabilité et la prise en charge de frais d’utilisation, c’est leur légitimité sociale et politique qui leur permet de se maintenir dans le temps. Les nombreuses publications scientifiques internationales sur les communs de Naples ont aussi participé à légitimer ces espaces auprès de la nouvelle administration principalement composée de professeur.e.s d’université.

    Les communs sont des espaces d’expérimentations politiques qui vont bien au-delà du lieu investi et de ses usages. Ils peuvent permettre l’émergence d’initiatives municipalistes et électoralistes.

    Notion de bien commun

    Source : https://www.weareclimates.org/cc-corde-naples

    Selon Elinor Ostrom, économiste spécialiste de la gouvernance des communs et première femme lauréate du prix Nobel d’économie (2009), il n’y a pas une définition claire des communs qui puisse rendre compte de leur pluralité. Elle dégage toutefois trois éléments majeurs qui les constituent : une ressource, une communauté et les règles d’accès et d’usage qu’elle se fixe.

    Plus qu’une ressource ou qu’un bien, un commun peut être considéré comme un « agir commun » soit, une façon de faire et de décider ensemble. « Avec les communs, nous avons affaire à l’émergence d’une toute autre forme d’organisation sociale : celle où les gens participent directement à la définition, à l’élaboration et à la production des usages qui les concernent directement » d’après Christian Laval et Claire Brossaud. 

    (...)

    Les beni comuni de Naples illustrent bien cette tension entre les différents termes et concepts. S’ils s’identifient littéralement à des « biens communs » ils tirent pourtant leurs fondements de leurs activités et non pas de la propriété du bien. Ils se définissent ainsi comme des espaces d’émancipation pour les habitant.e.s autour de pratiques communes de « régénération urbaine et humaine ». Nés d’actes de désobéissance civile, l’occupation de biens publics comme privés étant illégale, les communs urbains sont un moyen pour les citoyen.ne.s de se réapproprier la ville en s’opposant à sa financiarisation et en proposant des alternatives aux logiques néolibérales. Ils s’opposent aux logiques hiérarchiques et reposent sur les principes d’auto-gestion, de coopération, de mutualisme, d’inclusivité, de libre-accessibilité, de convivialité et d’équité. L’approche napolitaine des communs urbains est ainsi centrée sur la volonté de « libérer » des espaces pour les restituer aux citoyen.ne.s et qu’iels en fassent un usage civique et collectif.

    Les beni comuni incarnent le « droit à la ville » entendu par Henri Lefebvre comme un droit fondamental à l’accomplissement individuel et collectif et à l’accès à toutes les infrastructures nécessaires pour se faire. Ils n’entendent cependant pas se substituer à l’Etat. Les nombreuses formes de dialogues entre les différentes communautés des beni comuni de Naples en témoignent bien. Les communs ne sont pas l’expression d’un rejet des institutions publiques en tant que telles mais plutôt des politiques néolibérales qu’elles appliquent qui tendent à privatiser les biens publics. Cette privatisation empêche les citoyen.ne.s de jouir collectivement des biens publics. L’accessibilité pour tous et toutes et la fonction sociale de la propriété, pourtant prévues à l’article 42 de la Constitution ne sont alors plus assurées.

    « Les communs sont des lieux de résistance, je crois qu’il est très important de les garder même si bien sûr ils ne disposent pas du même pouvoir que la ville. Je crois que ça reste des lieux de possibilités où on peut développer des façons de faire et de penser différemment. » Maria Francesca De Tullio


    Documentaire

    Titre original

    Dimension horizontale

    Pays
    France - Italie
    Année de production

    2019

    Durée
    52 mn
    Catégorie(s)
    Documentaire
    Réalisation

    Roberto de la Torre

    Version
    VF