Compte rendu
conseil local de l'alimentation
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19 juin 2025
14h00-18h00
Plateforme Hérisson Bellor - 09100 PAMIERS
Visite apprenant de la plateforme Terroir Ariège Pyrénées
Pour démarrer ce nouveau rendez-vous de la relocalisation alimentaire en Ariège, nous avons eu l'opportunité de visiter la SCIC Plateforme logistique Terroir Ariège Pyrénées, un acteur clé de la transition alimentaire en Ariège. Ce projet coopératif incarne une réponse concrète aux enjeux de relocalisation de l’alimentation en structurant les circuits courts entre producteurs, transformateurs, distributeurs et collectivités locales.
La plateforme offre un service logistique mutualisé – collecte, stockage, préparation de commandes et distribution – qui permet aux producteurs locaux d’accéder plus facilement aux marchés de proximité, en particulier la restauration collective. Elle favorise ainsi la valorisation des produits du terroir, réduit les distances parcourues par les aliments, et renforce l’économie agricole locale.
En s’appuyant sur un modèle coopératif (SCIC), elle associe une diversité d’acteurs du territoire – agriculteurs, structures publiques, associations, élus locaux – et œuvre à une gouvernance partagée, ancrée dans les besoins du terrain.
Cette plateforme illustre parfaitement comment une organisation collective peut soutenir la souveraineté alimentaire, tout en renforçant la résilience du territoire face aux crises.
Merci à Philippe, Sylvie et leur équipe pour la visite guider ainsi qu'aux établissements SETAK pour leur accueil sur leur site logistique !
Cap vers la Souveraineté Alimentaire !
Après quatre années de mobilisation et d'accompagnement des acteurs du territoire, le Pôle d'Equilibre Territorial et Rural de l'Ariège (PETR) recentre aujourd'hui sa poltique alimentaire autour du concept de Souveraineté Alimentaire.
Agir sur la relocalisation et la transition de notre alimentation n'est possible que par une approche systémique, collective et multi-partenariale. C'est dans cet esprit que le PETR a développé les rencontres du Conseil Local de l'Alimentation et mis en oeuvre de ses premières actions. Toutefois cette approche est complexe et parfois peu lisible du grand public. C'est pour celà que l'équipe technique du PAT du PETR invite à une ambition colletive ludique et attractive : Cuisiner notre Souveraineté Alimentaire en Ariège !
Avec le prime de la recherche scientifique, ces marmites représentent un réel "Living Lab" (laboratoire vivant). Leur objectif est de créer des espaces de dialogue, de co-construction, et d'expérimentation inter-acteurs, élus et citoyens.
Faire mijoter les marmites contribue à faire vivre continuellement notre politique alimentaire et faire avancer pas à pas la transformation du système agroalimentaire du territoire.
- L’offre commence par la disponibilité : Si la production est soutenue et organisée, elle permet de créer une offre réelle sur le marché. Aujourd'hui en Ariège, malgrès une vente directe dynmaique, la grande majorité de l'agriculture (bovin viande et cultures céréalière) est destinée à l’exportation dans les circuits mondialisés et une part des productions locales dépendent aussi d'un grand nombre d'importations.
- La demande s’exprime par la consommation : Si les consommateurs achètent, cela crée un débouché pour les producteurs, rendant la chaîne durable. Hors aujourd’hui vente directe ne représente que 4% de la consommation des ménages contre 78% de part des supers/hypers marchés. Dans dans ce système sur 100€ dépensés par le consomateur seulement 7€ revient à l'agriculteur...
- L’accessibilité doit agir comme facilitateur : Elle est le facteur clés de la relocalisation, pour que l'offre alimentaire puisse atteindre les consommateurs à un coût soutenable tout en assurant une rémunération viable pour les agriculteurs.
Entre la vente directe et les filières longues, il existe donc un chemin intérmédaire possible et c’est tout l’objet du travail de structuration d'un Système Alimentaire du Milieu que souhaite démontrer le Démonstrateur Territoria DYNAMO du PETR de l'Ariège.
Mini-conférence
Découvrez ci-dessous les éléments présentés par Lise Duval, consultante experte des systèmes alimentaire du groupement TERO-Le Basic et Sébastien Blazy, chargé de mission du PAT du PETR de l'Ariège.
L'objectif ? Mieux comprendre d'une part le concept de la Souveraineté Alimentaire et découvrir d'autre part les actions et projets qui se développe concrêtement en Ariège.
Merci à Lise Duval pour son expertise et le partage des travaux du Basic sur le coût réel de notre alimentation sur la société et la planète.
(Cliquez sur l'image ci-dessous pour accéder à la présentation)
Analyse critique du système alimentaire actuel
Une séquence de vulgarisation économique a permis de mieux comprendre les mécanismes d’interdépendance entre agriculture, transformation et distribution.
Quelques chiffres marquants :
- La France produit 170 millions de tonnes de produits agricoles par an pour 90 millions consommés : une balance globale excédentaire… mais déséquilibrée
- 30 Mt de produits agricoles sont importés (fruits, légumes, blé panifiable)
- 43 % de la surface agricole utile (SAU) est dédiée à l’export
- 25 € sur 100 € d’alimentation partent à l’international via les intrants (engrais, carburants, semences…)
Dysfonctionnements structurels :
- Hyper-concentration des acteurs :
- 5 firmes contrôlent 66 % du marché des semences/pesticides
- 3 groupes laitiers (Lactalis, Sodiaal, Savencia) dominent les débouchés en France
- 8 distributeurs se partagent 75 % du marché
- Captation de la valeur : l’agriculteur ne perçoit en moyenne que 6,90 € sur 100 € dépensés par un consommateur
- Externalités coûteuses :
- 19 milliards d’euros de dépenses publiques liées aux impacts négatifs du système alimentaire (santé, environnement)
- 22 € d’aide publique pour chaque 100 € dépensé en alimentation
Messages clés :
- L’agriculteur n’est pas responsable seul de la transition
- L’ensemble du système alimentaire doit évoluer, y compris la transformation, la distribution et la consommation
Exemples de projets relocalisation alimentaire inscrits dans le PAT du PETR
Des initiatives concrètes sont déjà en cours sur le territoire, souvent soutenues par le démonstrateur DYNAMO ou inscrites dans le Projet Alimentaire Territorial (PAT) :
Sur l’amont agricole :
- Séchage solaire de luzerne pour le bétail (NAFAURE)
- Toaster à soja porté par la CAPA (meilleure digestibilité du soja pour le bétail)
- Nouvelle gamme de desserts végétaux bio à base de soja local (Biochamps)
- 32 hectares de terres agricoles pour du maraîchage bio en demi-gros à Mirepoix
- Animation pour la structuration de filières viande, farine, beurre (Chambre d’agriculture)
- Fromageries mobiles (Association AFAAP)
- Résilience des filières châtaigne et pomme (Renova)
- Mobilisation de foncier agricole à Ax-les-Thermes, en Pays d'Olmes, etc.
Sur l’aval alimentaire :
- Cartographie pour aider les élus à développer l’approvisionnement local en restauration collective
- Accompagnement des cantines scolaire avec l'association Bio Ariège Garonne
- Appui aux collectivités pour inclure du local dans leurs marchés publics avec la Plateforme TAP
Sur la consommation :
- Projets d’épiceries citoyennes (ex. : à Foix)
- Caisse commune alimentaire expérimentée dans 17 épiceries solidaires
- Drive fermier automatisé à Saverdun (prévu en 2026)
- Contrat de réciprocité alimentaire entre l’Ariège et Toulouse Métropole
"Pichts Projets"
Six porteurs de projets Ariégeois qui participent à la structuration du système alimentaire du milieu ont été invité à partager leur actions / leurs défis / et les problématiques.
Cette presentation rapide a permis d'introduire la séquence suivante des ateliers de CoDéveloppement.
La Sestière
"J’ai besoin de nouvelles ressources en lait pour développer mon atelier.
Je cherche à développer ma clientèle ainsi que de me rapprocher de partenaires commerciaux et logistique"
Atelier de transformation - Le Grain de Sel
"Je recherche des artisants transformateurs ou traiteurs souhaitant partager mon atelier, afin de mutualiser les équipements, créer des synergies et répondre ensemble aux besoins du territoire"
2 (D'eux) à Vous
"J’aimerais démontrer la contribution de mon entreprise de grossiste dans la massification de ventes de produits locaux en les rendant accéssibles et attractifs à tous les types de consommateurs"
AURIAC
"Je souhaite produire une offre 100% locale de farine et du beurre afin de la commercialiser aux professionnels et distributeurs du territoire"
SETAK et collectif DYNAMO
"Je souhaite mettre en place un tunel de congélation pour permettre la valorisation les produits ariégeois tout au long de l'année"
Du Terrain à l'Assiette
"Nous voulons élargir la diversité des produits locaux que nous proposons au sein de l'épicerie et les rendre accessible au plus grand nombre"
Ateliers de Co-Développement
L’atelier de co-développement est un temps d’échange collaboratif qui vise à accompagner un porteur de projet en mobilisant l’intelligence collective d’un groupe. À partir d’une situation concrète exposée par le porteur (appelé « client »), les participants (les « consultants ») suivent une méthode en plusieurs étapes pour clarifier la demande, poser des questions, partager leurs retours d’expérience et formuler des pistes d’action. Ce cadre bienveillant et structuré favorise la prise de recul, l’émergence de solutions nouvelles et le renforcement du lien entre acteurs.
Le PETR est ses partenaires ont organisé 6 tables de codéveloppement au bénéfice des 6 porteurs de projet présents.
En voici les résultats :
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Atelier 1 – Fromagerie La Sestière
Problématique posée :
Comment redimensionner l’activité pour atteindre la viabilité économique tout en conservant un modèle artisanal, une haute qualité de fromage et une juste rémunération des producteurs laitiers ?Enjeux identifiés :
- Difficulté d’approvisionnement en lait local de qualité
- Nécessité de développer une gamme plus accessible pour toucher de nouveaux marchés (restauration collective notamment)
- Besoin d’un second site de production pour séparer les gammes haut de gamme et intermédiaire
- Maintien du lien direct avec les producteurs et le territoire
Contributions du groupe :
- Importance de clarifier la segmentation des produits (gamme premium / gamme plus accessible) sans dénaturer l’image de qualité
- Proposition d’explorer la piste de la pasteurisation partielle pour répondre aux contraintes de la restauration collective tout en maintenant une gamme lait cru
- Réflexion sur un outil collectif de collecte ou de mutualisation pour le lait
- Discussion sur la montée en puissance progressive du volume pour atteindre l’objectif de 1 million de litres/an dans 5-10 ans
Suites envisagées :
- Accompagnement stratégique par l’Agence des Pyrénées en cours
- Réflexion sur un second atelier différencié selon les gammes
- Recherche d’investisseurs ou de partenaires pour soutenir le développement
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Atelier 2 – Le Grain de Sel
Problématique posée :
Comment alléger la charge de travail et le coût liés à la création des étiquettes tout en gardant une autonomie dans leur conception ?
Problématique complémentaire : Comment ouvrir l’atelier de transformation à d’autres producteurs/traiteurs dans une logique d’atelier partagé ?Enjeux identifiés :
- Coût élevé de l’étiquetage (design, impression, conformité réglementaire)
- Besoin de souplesse dans la mise à jour des recettes
- Manque de temps pour la gestion administrative
- Opportunité de mutualisation avec d’autres transformateurs locaux
Contributions du groupe :
- Recommandation de logiciels d’étiquetage plus autonomes (ex. : EtiqLab, LabelJoy)
- Idée d’un modèle de grille d’étiquettes personnalisables à la volée
- Conseil de structurer l’atelier en SCIC ou régie coopérative partagée
- Proposition d’organiser une journée d’information collective sur la réglementation étiquetage et transformation artisanale
Suites envisagées :
- Lancement d’un crowdfunding pour financer la cetifification CE de l'entreprise
- Organisation d’un événement en septembre 2025 autour de l’atelier partagé
- Prise de contact avec d’autres transformateurs intéressés pour mutualiser l’espace
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Atelier 3 – 2 à Vous
Problématique posée :
Comment valoriser un métier d’intermédiation commerciale au service des producteurs locaux sans être perçu comme un “grossiste” traditionnel ?Enjeux identifiés :
- Manque de reconnaissance sociale de la fonction de grossiste dans le monde du circuit court
- Dissonance entre les valeurs portées (charte éthique, transparence, engagement local) et l’image renvoyée par le terme “négociant”
- Modèle économique fragile, car basé sur des faibles volumes et des marges serrées
Contributions du groupe :
- Proposition d’inventer une nouvelle appellation : “ambassadeur de produits locaux”, “chef de rayon territorial”, “agent de filière responsable”
- Importance de communiquer clairement sur les valeurs (transparence, juste prix, proximité, planification avec les producteurs)
- Éviter de copier les modèles de la grande distribution, proposer une relation partenariale
- Créer une charte ou un manifeste pour rendre lisible l’engagement de 2AVO
Suites envisagées :
- Réécriture du positionnement et de la communication de l’entreprise
- Lancement des premiers coffrets multi-producteurs (bières locales) en GMS cet été
- Poursuite du développement commercial avec un objectif de 253 000 € de CA à 3 ans
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Atelier 4 – AURIAC Distribution
Problématique posée :
Comment développer une offre de beurre et de farine ariégeoise destinée aux commerces et boulangers, en surmontant les contraintes de volume, de sourcing et de concurrence avec les grands groupes ?Enjeux identifiés :
- Difficile approvisionnement local en lait et en crème
- Farine conditionnée en 1 kg inexistante localement à grande échelle
- Complexité logistique et dépendance aux coopératives (ex. Arterris)
- Besoin de tester un modèle viable à petite échelle
Contributions du groupe :
- Identifier des partenaires pour mutualiser le sourcing (petits laitiers, minoteries artisanales)
- Créer un consortium ou une micro-plateforme logistique dédiée à la transformation et distribution locale
- Valoriser le caractère local, durable, transparent dans le storytelling produit
- Éviter d’entrer dans la guerre des prix avec les grands groupes, privilégier des circuits intermédiaires (épiceries, groupements)
Suites envisagées :
- Évaluation financière poussée en cours
- Recherche de volumes tampon pour réguler l’offre (ex. : débouchés vers boulangers en cas de surplus)
- Consolidation du partenariat avec la Minoterie Capla à Verdun
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Atelier 5 – Épicerie Citoyenne de Foix
Problématique posée :
Comment structurer durablement l’approvisionnement et la logistique d’une épicerie associative urbaine gérée par des bénévoles ?Enjeux identifiés :
- Difficulté à faire du circuit court en logistique artisanale : coûts énergétiques, perte de temps
- Fiabilité du sourcing : besoin de connaître la provenance des produits
- Mobilisation des bénévoles sur des tâches peu attractives
- Nécessité de rester accessible en prix dans un environnement urbain
Contributions du groupe :
- Prise de contact avec 2AVO pour externaliser une partie de la logistique et du sourcing
- Réflexion sur la structuration de la gouvernance (ex. : délégation à un salarié mutualisé avec d’autres structures)
- Développement d’un outil numérique de gestion partagée des commandes
- Organisation de “drives groupés” entre plusieurs épiceries citoyennes ariégeoises
Suites envisagées :
- Renforcement du lien avec les autres structures du territoire
- Consolidation du modèle économique et du statut associatif
- Organisation d’événements conviviaux (glanage, échanges de production, actions pédagogiques)
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Atelier 6 – Projet de surgélation collective
Problématique posée :
Comment mettre en œuvre une unité de surgélation de légumes locale, collective, sobre en énergie et économiquement viable ?Enjeux identifiés :
- Bilan environnemental de la surgélation à évaluer (impact GES, énergie)
- Nécessité de mutualiser la préparation en amont (épluchage, découpe, lavage)
- Besoin d’outils adaptés à des petits volumes
- Rester compétitif face à des géants comme McCain
Contributions du groupe :
- Faire appel à un bureau d’étude pour quantifier précisément les impacts environnementaux
- Identifier des producteurs prêts à cultiver spécifiquement pour la surgélation
- Valoriser le levier “anti-gaspillage” dans les argumentaires clients
- Identifier des acheteurs publics et privés prêts à s’engager sur des volumes (restauration collective, épiceries solidaires)
Suites envisagées :
- Mise en service prévue avec énergie 100 % renouvelable (toiture photovoltaïque)
- Accompagnement du démonstrateur DYNAMO pour les tests et l’étude d’impact
- Appui à la consolidation de la filière légumes bio ariégeoise
Conclusion de la journée
Cette journée a permis de :
- Poser un diagnostic partagé sur les dysfonctionnements du système alimentaire
- Valoriser les nombreuses initiatives ariégeoises en cours
- Ouvrir des pistes d’action collective, à travers une méthode d’animation participative, conviviale et ancrée dans le territoire autour du concept de Souveraineté Alimentaire
Elle a également mis en lumière le rôle central des citoyens, à la fois :
- Consommateurs… mais pas tous en mesure d’agir (12 % en insécurité alimentaire)
- Décideurs indirects par la fiscalité (22 % d’aide publique par euro consommé)
- Mobilisables dans les dynamiques locales (épiceries, glanages, caisses communes…)
Points de vigilance évoqués :
- Difficulté à lire les labels, même pour les acteurs engagés
- Poids du marketing (5,5 Mds €/an de publicité alimentaire)
- Enjeux d’éducation populaire et d’empowerment à tous les niveaux
Citation de conclusion partagée :
« Le secteur agricole ne pourra pas faire sa transition seul si les autres secteurs du système alimentaire n’évoluent pas en cohérence.